Ces pièges de la langue française à éviter

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Quand est-il correct d’écrire «aucun» au pluriel, la locution «avoir affaire» plutôt que «avoir à faire» ou encore «à l’attention de» en lieu et place de «à l’intention de» ? La rédaction a répertorié pour ce premier épisode sur les fautes de français, les cinq mots et expressions les plus déformés du langage courant. Florilège.

Enfant, il suffisait de jouer au «téléphone sans fil» pour comprendre la complexité du français. Aujourd’hui, en âge d’apprécier ses subtilités, la langue de Molière n’en reste pas moins subtile voire sibylline. Que comprendre à l’expression «avoir affaire» et à son homonyme «avoir à faire»? Que penser de la locution «à l’attention de» prononcée à l’oral «à l’intention de»? Quand est-il correct de les employer?

Difficile d’y voir clair… Pourtant, dans ce dédale linguistique et ces couloirs syntaxiques obscurs se cachent des règles on ne peut plus rationnelles. Le Figaro attaché au bon usage de son idiome national vous propose cinq points pour améliorer votre français et effacer une fois pour toutes les scories du quotidien.

● Sans dessus dessous ou sens dessus dessous?

À première vue, il serait logique de préférer la première proposition. La préposition «sans» étant la marque de l’absence et donc ici, du «manque» d’ordre. Or, la locution ne répond pas comme il le semble à une privation mais à une orientation. Expliquons-nous…

Lorsque votre fiston vous explique par exemple que sa chambre est rangée malgré le bazar qui y règne, c’est parce que tout désordre répond en réalité à un ordre. «Le désordre est simplement l’ordre que nous ne cherchons pas», dirait Bergson. L’expression «sens dessus dessous», est ainsi à prendre dans le sens de «ce qui est en dessus est mis en dessous».Pour être correcte, la locution bien «sensée» doit être écrite: «sens dessus dessous».

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● Autant pour moi ou au temps pour moi?

L’adverbe «autant» s’emploie pour marquer une égalité entre deux quantités ou deux valeurs. Jamais pour qualifier un mea culpa, chose sous-entendue dans la locution «autant pour moi». Aussi à moins de se scinder en deux et signifier à son interlocuteur sa schizophrénie, l’expression-comparaison n’est pas raison.

S’il demeure difficile voire impossible de remonter aux origines de l’expression, selon toute vraisemblance issue du langage militaire, explique l’Académie française dans sa rubrique Dire/ Ne pas dire, il n’en reste pas moins que la seule orthographe correcte demeure «au temps pour moi». En effet, lorsqu’il est question d’admettre son erreur, il est toujours bon de remonter le «temps» pour y voir plus clair.

● De plein-pied ou de plain-pied?

Pas question ici d’étudier l’anatomie ou le contenant du membre inférieur chez l’homme. L’expression «de plain pied», correctement orthographiée avec un «a», s’emploie pour faire état d’une surface sans aspérité, «plane», sur un même «plan».

Parfois utilisée pour signifier un rapport d’égalité comme chez Hugo: «[…] le fond commun d’ignorance du village et du cloître est une préparation toute faite, et met tout de suite le campagnard de plain-pied avec le moine» (Les Misérables, Tome I), l’expression ne peut en aucune manière se substituer à son homonyme adjectival «plein».

● À l’attention de ou à l’intention de?

Attention à votre français… a fortiori si vous avez l’intention de rédiger un message à l’attention de l’un de vos supérieurs hiérarchiques. Souvent écorchée à l’oral, la formule peut également se retrouver déformée à l’écrit et se transformer en: «À l’intention de…»

Si l’on excusera votre langue qui aura sûrement fourché à l’oral, il n’en restera pas moins que l’effet de prévenance à l’égard de votre interlocuteur sera bien gâché à l’écrit. Alors que faire pour se souvenir de la bonne orthographe de l’expression?

L’Académie propose deux moyens mnémotechniques très simples. «À l’attention de» a pour objet d’attirer «l’attention» de son destinataire tandis que la locution «à l’intention de», littéralement «action de tendre», exprime l’idée de projection, d’un dessein qui puisse être bénéfique à son interlocuteur.

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● Savoir gré et Être gré?

À contre-gré, les proximités phonétiques et poétiques du français à l’oral peuvent parfois se transformer en véritables fléaux à l’écrit. L’expression «savoir gré» en est un parfait exemple. Souvent écorchée dans le feu des conversations, la locution se retrouve par mimétisme mal retranscrit sur le papier. Il n’est plus banal en effet de lire: «Je vous serais gré de bien vouloir» en lieu et place de «Je vous saurais gré de bien vouloir».

L’ineptie est pourtant bien évitable si l’on remonte à son étymologie. Du latin gratum «agréable, accepté avec reconnaissance», le terme gré porte en ses germes la notion de savoir. Si l’idée de «gratitude» n’est pas innée chez tout un chacun, reconnaissons-le, tâchons tout de même de nous souvenir d‘où provient ce «savoir».

Voici donc un premier jet des abus de langage à éviter au quotidien. N’hésitez pas à nous faire parvenir les coquilles et erreurs qui vous hérisseraient le poil… Au terme de ces cinq semaines de règles orthographiques, Le Figaro concoctera un test afin de mesurer l’étendue de vos connaissances. À vos crayons!

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Retrouvez plus de règles orthographiques dans le guide pratique et ludique, 250 dessins pour ne plus faire de fautes, de Sandrine Campese.

Source : lefigaro.fr